Est-il lieu plus paradisiaque qu’un jardin ? Pour un Méditerranéen, ce n’est pas le potager nourricier, mais le jardin d’agrément, fermé et secret, privé, réservé. Aux plus fortes chaleurs il oppose la fraîcheur de ses fontaines et de ses ombrages, il offre au maître de maison et à ses familiers la succulence de ses fruits, le gazouillis des oiseaux, la quiétude sans fin. Mais l’homme peut-il imaginer le Paradis sous une autre forme que celle d’un jardin ? Paradis perdu de l’Eden oriental et merveilleux Jardin des Hespérides occidental nourrissent la nostalgie d’un âge d’or. La promesse d’une récompense éternelle s’alimente au souvenir fantasmé d’une insouciante aurore de l’humanité.
Les textes sacrés détaillent le Jardin originel et la géographie du Paradis, énumèrent les cours d’eau, les nourritures inépuisables, les architectures extraordinaires et les arbres incroyables. La louange divine et le chant des anges n’excluent pas les plaisirs tangibles proposés par jeunes filles et jeunes gens d’une incroyable beauté. Mais le jardin a aussi sa mythologie populaire : lieu des amours passionnées, des serments, il est aussi le lieu des transgressions tragiques, des trahisons inexpiables. Clôture carcérale, il offre un faible espace de liberté à la recluse aspirant au vaste monde.
Les poètes et les mystiques associent le jardin aussi bien aux délices que procure la femme qu’à la figure de Dieu. Construction ordonnée, traçant par ses canaux et ses massifs une géométrie parfaite, déployant des parfums symboliques, le jardin est une nature domestiquée, construite, qui fait écho à la construction spirituelle du sage.
La littérature populaire comme les grands textes célèbrent le Jardin de Paradis multiforme. Chants liturgiques, méditations religieuses, extases lyriques, nombreuses sont les musiques et inépuisables les chants qui exaltent la valeur sacrée que l’homme méditerranéen accorde au fil des millénaires à son domaine d’élection.